" LE MIRACLE, C’EST NOUS "

 

Mais quel est le degré d’implication de l’entourage de ces gamines dans cette série d’enlèvements ? Telle est la première question qui nous a traversé l’esprit après l’annonce de ces multiples rapts des jeunes lycéennes par la secte islamiste Boko Haram. Car, nous sommes nous dit, tout en restant objective qu’il était quasi impossible que plus de deux cents filles soient enlevées, traînées à travers tout le pays jusqu’aux frontières sans qu’on ne puisse intercepter les ravisseurs à aucun moment et sans qu’ils ne reçoivent l’aide d’une personne bien placée. Il y a vraiment de quoi se creuser le ciboulot avec cette interrogation. Toutefois, cette question perd un peu de sa valeur, puisque l’acte a déjà été posé, les faits sont là, il ne reste plus qu’à s’intéresser à ces filles, à mener toutes les actions nécessaires pour qu’un jour elles recouvrent leur liberté, telle est la lutte générale,  le combat que devrait mener chaque être humain à son niveau et auquel se livre dès lors l’association S.A.V.A.S (Soutien Aux Victimes d’Agressions Sexuelles).

Au plus haut de notre imagination, nous voyons des jeunes filles apeurées, pleurnichant, amaigries, se débattant, appelant au secours, suppliant mais dont les ravisseurs restent réfractaires à leurs jérémiades.  Des jeunes filles souffrant des nombreuses blessures laissées sur leurs corps par ces gens qui les battent pour les dresser, pour les vider de la mauvaise éducation qu’elles ont eue jusqu’ici dans leurs écoles. Des jeunes filles revêtues de force de djellabas et de hijab blancs ou noirs recouvrant leurs têtes et à qui on impose de crier tous les jours comme un hymne : « vive les djihadistes !!! » Des jeunes filles dont les corps deviennent des objets dans la subjectivité de ceux qui les observent, qui les inspectent un bâton à la main comme du bétail tous les jours. Des fillettes qui, soumises à des évènements indépendants de leurs volontés, se trouvent obligées de se poser des questions existentielles. Elles voient du jour au lendemain comme dirait Albert Camus, s’élever le "pourquoi" dans leur esprit et de cette lassitude teintée d’étonnement, commence leur calvaire psychologique. Elles se demandent si un jour elles pourront encore jouer à la marelle avec leurs amies, si elles pourront revoir leurs professeurs du collège, si elles pourront se disputer à nouveau avec leurs frères et sœurs, si elles pourront boire à nouveau du chocolat chaud, si elles pourront devenir médecin, avocate, institutrice comme elles l’avaient toujours voulu, si elles pourront encore entendre la voix suave et familière de leurs mamans leur dire à quel point elles les aiment et qu’elles croient fortement en leurs capacités de réussite dans la vie.

 Et justement, ont-elles encore le droit d’espérer avoir un jour une vie, leur vie puisqu’elles semblent être présentement la chose, la propriété de Boko Haram, ces gens incapables de s’affirmer autrement que par la violence. Ces gens qui « persécutent parce qu’ils ne peuvent convertir » dirait Alain. Ces gens qui veulent se faire Dieu sur terre en pensant la refaire à leur manière, pourtant c’est dans la diversité culturelle de son peuple qu’une nation arrive à s’affirmer. Ces gens s’affirment plutôt dans leur bêtise, dans leur erreur de croire que l’instauration d’une religion unique ferait avancer le pays, ils sont intelligemment bêtes pour le croire. Pourtant, Paul Léautaud nous disait dans son journal littéraire qu’ « être intelligent, ce n’est pas seulement comprendre les idées qui entrent dans notre tempérament, dans nos habitudes de pensée. Etre intelligent c’est comprendre les idées, les choses, les faits qui nous sont différents, contraires et les plus divers », être intelligent dirions-nous pour résumer, c’est simplement avoir l’esprit ouvert. Edouard Herriot renchérit dans la même lancée en disant qu’ « il vaut mieux la variété dans la recherche de la vérité que l’unité dans l’affirmation de l’erreur. » Erreur, c’est le premier mot qui nous vient à l’esprit quand nous entendons parler de Boko Haram, ce groupement d’hommes réunis par une même erreur sur leurs aspirations et leur croyance (qu’ils veulent imposer) et une commune aversion à l’égard de leurs semblables (Parodie de la citation originale d’Albert Mousset contenue dans paradoxes et anticipations).

Ils disent vouloir libérer les filles, mais à condition que leurs frères qui sont faits prisonniers  soient aussi relâchés. Ils le confessent de leur bouche, pourtant, ils nourrissent des projets plus machiavéliques dans leurs cœurs puisqu’au départ ils disaient vouloir les vendre comme esclaves (source : BFMTV.com). Cependant, savent-ils au moins que la nature n’a fait ni serviteurs ni maîtres ? Ne sont-ils pas fous de penser que le plaisir qu’ils ressentiront en les maltraitant, en les avilissant, ou en les possédant constituera leur bonheur ?

Le rêve de l’association SAVAS, celui-là même que Christian Bobin qualifierait de « commencement des grandes choses », c’est de voir le monde entier se mobiliser, se souder pour la cause de ces jeunes filles outrageusement enlevées à leurs familles et leur terre natale. Pour ceux qui jusqu’ici préfèrent se faire spectateur parce qu’ils se disent : « moi, petit(e) camerounais(e) de mon état, que puis-je faire face à la situation ? », sachez que le simple fait d’en parler autour de soi, de se révolter en images, de signer des pétitions comme sur www.change.org (déjà plus de 900 000 pétitions), ou tout autre site où l’on peut déposer un simple petit mot d’encouragement pour les familles des victimes, et même pourquoi pas soumettre ce nouveau sujet de prière à l’Esprit Saint afin qu’Il intercède pour nos jeunes sœurs, eh bien c’est déjà un bon début. Bref, quelle que soit l’acte posé ou la manière dont il est posé, il est nécessaire de marquer notre soutien à ces jeunes filles et à la Nation nigériane toute entière. Eloignons de nous ces mentalités tordues qui veulent que du moment qu’on n’est pas directement touché par un sujet, on ne lève pas le petit doigt pour agir et on se dit : « c’est pour les autres ». Posez-vous la simple question : et si c’était moi ? Ne faisons pas fi de cette situation en minimisant les conséquences car comme dirait Erik Orsenna : « que sait du désert celui qui ne regarde qu’un grain de sable ? » Essayons simplement d’imaginer ce que peuvent ressentir toutes les personnes concernées, que ce soient les lycéennes, leurs familles, leurs amis ou même l’institution étatique qui se creuse à présent les méninges pour résoudre ce problème.

D’ailleurs, imaginez un scénario comme celui-ci : votre cousin vous rend visite alors qu’il s’apprête à faire un tour au village Pimbè situé dans le département de la Sanaga-Maritime, à quelques encablures de Song-benguè. Vous prenez la peine de le mettre au parfum de ce « scandale nigérian ». Fort de cette nouvelle, il se rend au village et pendant des divers autour d’un bon feu le soir, il en parle aussi à son grand-père. De bouche à oreille, tout le village est mis au courant de la situation. Quelques temps plus tard, le grand-père se rend dans sa cacaoyère. Au retour, il entend chemin faisant, des bruits insolites venant d’un coin de la grande forêt qu’il est en train de traverser. Mû par une curiosité congénitale, il va guetter et que voit-il ? Des centaines de jeunes filles assises à même le sol et tenues en respect par des hommes armés. Il se souvient de l’histoire d’enlèvement racontée quelques jours plus tôt et les personnages correspondent parfaitement aux descriptions. Que fait-il ? Poussé par la volonté inextinguible de sauver des vies, il va raconter à tout le village et voilà comment la nouvelle refait le chemin inverse jusqu’à la ville où les autorités en prennent acte, prennent les dispositions nécessaires et voilà les lycéennes sauvées, rendues vivantes à leurs familles. Pourquoi cela arriverait-il ? Tout simplement parce que vous aurez un jour prit quelques minutes pour en parler. Vous trouvez sûrement cet exemple bidon ? Peut-être qu’il l’est, mais grâce à la petite expérience de la vie que nous avons, nous vous dirions simplement que les voies de l’Eternel sont insondables. Tout est possible, surtout à celui qui croit. Faisons ce que nous pouvons à notre niveau et c’est tout.

223 filles ont été kidnappées, 223 libertés sont captives parce que Boko Haram fait de la rétention d’intelligence en refusant de s’ouvrir au monde, aux vraies valeurs humaines. Toutefois, aucune porte de sortie ne s’ouvrira miraculeusement pour ces filles si NOUS ne faisons rien. Comme le disait Pierre VERGNIAUD dans Discours, les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Alors levons-nous. Car le miracle pour ces filles, c’est l’action de chaque être humain où qu’il soit et quelle que soit la couleur de sa peau, le miracle c’est NOUS.

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