Cinq femmes ont été enlevées pendant qu'elles cultivaient leur champ par trois Équato-Guinéens, armés de machettes et de fusils de chasse.
Les séquelles sont encore visibles sur ces camerounaises, le traumatisme aussi est toujours perceptible. Le drame se déroule dans la matinée du samedi 11 janvier 2014. Alors qu'elles se trouvent dans leur champ d'arachide, en compagnie de leurs enfants et de leur chien, dans une brousse de Kyé-Ossi non loin de la frontière avec la Guinée équatoriale, les camerounaises voient subitement surgir de la forêt, trois Equato-Guinéens, armés de machettes et de fusils de chasse. Ils leur intiment l’ordre de les suivre. Pour être pris au sérieux, l'un des hommes, à l'aide de son fusil de chasse, abat le chien, en guise d'ultime sommation. P.E.O., l'une des victimes et propriétaire du champ, raconte:

«Ils s'exprimaient en fang, disant que la personne qui n'obéit pas, on la tue, en nous précipitant dans le grand marécage séparant le Cameroun et la Guinée équatoriale». P.O., une autre victime, ajoute: «Nous avons abandonné nos enfants dans la brousse et nous les avons suivis».


Viol

Les victimes déclarent qu'elles ont été violées et molestées par leurs bourreaux. Au bout de cinq kilomètres de marche dans la brousse, les violeurs et leurs victimes arrivent dans un village équato-guinéen. Le village Ndong, sur la route de Bata. Là, déclare F. N. N., une autre victime, «les villageois ont failli nous lyncher. On nous a fait asseoir à même le sol, en nous frappant de temps à autre. Chacune de nous a reçu 50 coups de fouet. Au moment programmé du lynchage, nous aurons la vie sauve grâce au passage fortuit d'un véhicule de la gendarmerie équato-guinéenne. Les gendarmes nous ont alors récupérées et conduites à Ebebiyin en compagnie de nos ravisseurs».

M.C.B., une autre victime, ra¬conte que «les gendarmes nous ont conduites à la police. Ce n'est qu'après nous avoir entendues que la police s'est rendue compte que nous étions des innocentes, prises en otage dans notre pays par leurs compatriotes». P.E.O. poursuit que «la police a voulu retenir les ravisseurs, mais ils sont allés se réfugier à la résidence du gouverneur d'Ebebiyin». M.C.B. a néanmoins pu identifier deux des trois ravisseurs. Un certain Ondodong ayant violé AC., une fillette de 15 ans, pendant la marche dans la brousse et un autre se prénommant P.


Marche

Les victimes racontent également que les ravisseurs au¬raient agi avec l'onction d'un général de l'armée équato-guinéenne, qui répondrait au nom d'Emmanuel Ndong. Les victimes font savoir que les ravisseurs ont ensuite été purement et simplement relaxés. Quant aux Camerounaises, elles ont été conduites manu militari à la frontière, le même jour, vers 17h00.

Dimanche 12 janvier 2014, indignées par ce qui est arrivé à leurs compatriotes dans ce pays voisin, les populations de Kyé-Ossi ont marché à travers la ville, pour demander justice. Sur l'une des pancartes, on pouvait notamment lire: «Monsieur le gouverneur de la région du Sud, au secours. Notre riposte sera grave». A propos, un enseignant du lycée bilingue de Kyé-Ossi signalait le 14 janvier 2014 qu'«il y a une odeur de vengeance dans l'air. Un groupe de 40 personnes est entré en brousse pour venger les Camerounaises».

A ce jour, le commandant de la brigade de gendarmerie de Kyé-Ossi détient encore les balles ayant servi à abattre le chien des Camerounaises. A la police, on ironise. Un gradé de ce corps demande en souriant: «Est-ce que ces femmes connaissent la limite entre le Cameroun et la Guinée équatoriale pour dire qu'elle ont été enlevées dans le territoire camerounais, puisque la frontière terrestre entre les deux pays n'est même pas matérialisée? » A Kyé-Ossi, l'affaire alimente les conversations. Surtout que la frontière entre le Cameroun et la Guinée équatoriale a encore été fermée le 31 décembre 2013.

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