Le viol des femmes et des filles est un fléau sournois qui ne cesse de s’intensifier dans notre pays. La complaisance de certaines  autorités publiques,   le mutisme des  victimes, la complicité des parents,  la honte  et  le déshonneur  des familles, ne permettent pas toujours de punir les coupables. Pour mesurer l’ampleur du mal, les chiffres relatifs  aux  actes de viol sur les femmes et les jeunes filles  sont effrayants. Selon un travail en profondeur réalisé par RENATA (Réseau national des associations de tantines), une organisation non-gouvernementale (ONG)  qui soutient les jeunes mamans, et le Réseau international des enfants sexuellement abusés, il en ressort que le nombre de femmes et filles violées au Cameroun est en nette augmentation. Si l’on s’en tient aux statistiques publiées par ces organisations, en 2009, 432 000 femmes et filles auraient été violées. Et depuis 2011,  500.000 femmes sont violées chaque année au Cameroun. Ces enquêtes précisent par ailleurs que dans les familles, le phénomène est rampant et sournois, puisque  18% des femmes violées, soit plus de 80.000, le sont par leurs parents, pères, cousins, oncles et grands pères,  tandis que 12% de cette population de  femmes violées ont moins de 10 ans !
Comme nous pouvons le constater, la bestialité s’installe progressivement sur le sol de nos ancêtres. L’homme, à l’instar de la  chèvre, a  de plus en plus tendance   à sauter sur n’importe quelle femme qui vient à passer. Les traditions camerounaises et africaines   condamnent avec fermeté le viol   qui est considéré comme une forme de  bestialité.  On peut mieux comprendre la haute portée de cette exigence en lisant  une  thèse  de l’universitaire centrafricain Abel Ngarsoule. Il note: ‘’ La gestion de la sexualité en Afrique  est fortement influencée  par la culture, la structure de la communauté et par la société elle-même. La mentalité  et l’attitude  africaines font des organes génitaux  de l’être humain, des parties  entourées d’un certain mythe ‘’. Le viol  demeure donc un tabou, c’est-à-dire une interdiction de caractère sacré. Abel Ngarsoule se veut plus incisif : ‘’  Le viol est une pratique taboue  dans les sociétés africaines. Il  est considéré  comme une inclinaison  contraire  aux traditions africaines. Pour l’Afrique traditionnelle, toute violation  du tabou est sanctionnée par la communauté, suivi d’un châtiment  de la part des dieux du clan  ou de la tribu ‘’.

Causes
Les causes de ce phénomène qui déshonore notre société  sont multiples. Les raisons évoquées par les spécialistes pendant les campagnes contre le viol  sont multiformes. Elles  portent entre autres sur les fantasmes et l’incontinence sexuels, la malédiction, le déséquilibre psychologique, les aléas culturels et cultuels, l’ignorance, la promiscuité, la pauvreté, l’irresponsabilité parentale, et  la pseudo  modernité». La recherche effrénée du pouvoir, de l’argent ainsi que les  liens avec les cercles mystiques et ésotériques sont, entre autres, des raisons qui poussent certains individus,  parents ou proches à abuser et à agresser sexuellement les femmes, les filles,  les adolescentes et même leurs propres enfants.
D’après le Dr Ndonko, militant des droits de la femme, la prévalence du viol au Cameroun (5,2%),  avoisine celle du VIH-Sida qui est de 5,5%, car, ‘’plusieurs victimes ont contracté le sida à la suite d’une agression sexuelle’’. Si les chiffres concernant le nombre de personnes ayant contracté cette maladie à la suite d’un viol ne sont pas officiels, les experts expliquent toutefois  que ce sont des centaines de cas de maladies et d’infections sexuellement transmissibles, de VIH-Sida, d’incontinence anale et même de stérilité qui sanctionnent ces agressions sexuelles des parents sur leurs enfants, et des malfaiteurs sur de paisibles citoyennes.
D’après les organismes de lutte contre le viol, 18% des 432.000 femmes violées au Cameroun chaque année, soit plus de  80 000 femmes, le sont par des membres de la famille, 18% ont contracté une Ist, Mst ou le sida, 24% de filles sont tombées enceintes à la suite du viol, beaucoup ont pu  interrompre leurs études ou être forcées de s'occuper d'un enfant qu'elles n'attendaient pas. Par contre, seulement 23% de  femmes violées  ont pu obtenir un certificat médical, une pièce importante pour engager une action en justice, 16% de victimes ont déposé une plainte, 7% des cas ont été jugés par un tribunal et 5% des violeurs, soit un violeur sur 20, ont été condamnés par la justice.

Selon le Pr Claude Abé qui explique les raisons de ce fléau, il estime, parlant du viol des mineurs que :’’ l’enfant n’apparaît plus aux yeux de plusieurs individus dans le sens que lui donnait jadis la société qui était celui de la poursuite de la lignée. Or, aujourd’hui, dans les cercles ésotériques les gens rentrent, il est question de placer des enfants, et du coup les enfants ne sont plus ce qu’ils étaient avant. Ils deviennent   des  instruments qu’ils utilisent pour arriver à certaines finalités. Plusieurs travaux démontrent qu’aujourd’hui, dans les cercles liés à la postmodernité, se trouvent des cercles liés à la banalité de l’enfant et de la famille. Dans cette postmodernité, on peut voir que l’acte sexuel est devenu quelque chose de banal. Tous ces éléments mis ensembles font que les catégories vulnérables telles que les enfants, les femmes, sont à la merci de cette modernité insécurisée. C’est ce  qui peut expliquer cette émergence importante des viols dans le cadre familial ‘’. Et de poursuivre : ‘’ Il y en a qui entrent dans les cercles philosophico-ésotériques où en réalité, parmi les pratiques en vigueur dans leur quête d’une puissance ou d’un pouvoir particulier, il leur est demandé d’aller faire l’amour avec sa propre progéniture, soit avec des malades mentaux ; tout ceci rentre dans cet engrenage  de pratiques qui poussent à cette déviance’’.

Moyens de lutte
Comment faire pour combattre le viol dans notre société. Le Pr Claude Abbé répond :  ‘’ Il y a effectivement moyen de lutter contre cet acte. Il faut déjà savoir que l’une des causes qui font que la situation s’enfonce et s’approfondisse, c’est que les victimes des viols dans les familles ne parlent pas. Elles restent dans un mutisme où il faut un accompagnement pour amener ces victimes à verbaliser ces actes, à publiciser ces violences dont elles ont été l’objet, et demander que justice soit rendue. Parce qu’il faut savoir que les victimes qui arrivent à porter plainte au niveau de nos instances judiciaires, compte tenu de la manière dont la justice fonctionne chez nous, cela se fait à géométrie variable, n’obtiennent pas toujours gain de cause.  Ce qui amène ceux qui sont victimes à côté à ne pas y aller. On peut également essayer de les y amener pour qu’elles puissent protéger ces catégories vulnérables, leur inculquer l’éducation à la vie et à l’amour et à l’intégrité qui se fait dans un certain nombre d’institutions catholiques qui peuvent amener l’enfant à se créer des garde-fous, parce qu’habituellement, lorsque le viol se produit, cela ne vient pas d’une manière subite. Il y a un certain nombre d’éléments qui, si dès le départ l’enfant réagit par une dénonciation, en mettant cela sur la scène publique dans le cadre familial, on peut éviter un certain nombre d’agressions sexuelles’’.

Source : L'Effort Camerounais, Sylvestre Ndoumou



En rappel, au Cameroun, le viol est un crime passible d’une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité, mais seul un violeur sur 20 environ est condamné, en grande partie parce que le viol est banalisé au sein de la société.

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